Une cheminée exceptionnelle attribuée à la Maison des Bambous de Perret et Vibert

De Marc Maison - Japonisme.
Fig. 1 : Maison des Bambous, Perret et Vibert (att. à),
Exceptionnelle cheminée japonisante en bois sculpté. Vers 1890-1900.
Bois, incrustations d'ivoire gravé, miroir biseauté et tôle laquée.
H. 324 cm ; L. 173 cm.
© Galerie Marc Maison


La première spécialisation de Perret et Vibert se situe dans la production de « meubles en bambou naturel et sièges de jonc », ainsi que toutes sortes de garnitures textiles pour l'ameublement, « broderies de soie, pour dos de piano, rideaux, dessus de lit et draperies en tout genre »[1]. Puis, vers 1884 semble-t-il, ils développent leur activité avec la réalisation d'ensembles mobiliers japonisant, d'un aspect formel très proche des meubles de Gabriel Viardot. La redécouverte récente d'un ensemble de dessins, gravures, photographies et plans portant le cachet de la Maison des Bambous, nous a permis d'attribuer la paternité de certaines œuvres à cette maison de création et nous a donné un nouvel éclairage sur ses différents types de productions.

Il en est ainsi de la grande cheminée au miroir orné d'un impressionnant dragon sculpté (fig. 3) et dont le manteau est décoré d'incrustations d'ivoire et d'os gravés représentant papillons, libellules et fleurs. Ces différents éléments sont des remplois de pièces authentiques d'extrême-orient, tout comme le petit panneau incrusté de nacre provenant du Tonkin qui orne le tiroir reposant sur la tablette.


Fig. 2 : Maison des Bambous, Perret et Vibert (att. à),
Exceptionnelle cheminée japonisante en bois sculpté, Détail.
© Galerie Marc Maison


Le décor de cette cheminée, tout à fait exceptionnel, est à rapprocher de plusieurs dessins présents dans les archives de la Maison des Bambous. En effet, un croquis de bureau réalisé à la plume montre un dragon prenant appui sur un miroir mouvementé (fig.3) à la manière de celui surplombe le miroir de la cheminée (fig.4). Les deux dragons, en plus d'adopter une pose très similaire grâce à leur corps sinueux, prennent appui sur leurs deux membres avant avec la même attitude.


Fig. 3 : Maison des Bambous, Perret et Vibert (att. à),
Exceptionnelle cheminée japonisante en bois sculpté, Détail du dragon.
© Galerie Marc Maison
Fig. 4 : Maison des Bambous, Perret et Vibert,
Détail du dessin à la plume d'un bureau. Vers 1890-1900.
Archives de la Maison des Bambous.
© Galerie Marc Maison


De la même façon, nous pouvons remarquer que la présence d'un branchement pour ampoule électrique au niveau de l'ouverture de la gueule du dragon était une pratique courante pour les ateliers de Perret et Vibert (fig.5), tout comme l'application d'une branche de cerisier sculptée sur la surface du miroir (fig. 6).


Fig. 5 : Maison des Bambous, Perret et Vibert,
Détail d'une aquarelle figurant un sofa. Vers 1890-1900.
Archives de la Maison des Bambous.
© Galerie Marc Maison
Fig. 6 : Maison des Bambous, Perret et Vibert,
Détail d'un dessin à la plume montrant un branchage sur un miroir biseauté. Vers 1890-1900.
Archives de la Maison des Bambous.
© Galerie Marc Maison


Cette cheminée est également exemplaire à plusieurs égards. Elle s'inscrit parfaitement dans la famille des meubles japonisants grâce à la présence, nous l'avons souligné, de petits motifs réalisés en ivoire, en os et en nacre réalisés en Extrême-Orient, ainsi que par son aspect formel qui la rattache indubitablement à ce style. Les deux extrémités asymétriques de la tablette, l'horloge formant pagode, les frises de bois ajourées et la forte présence du motif du dragon s'inscrivent parfaitement dans cette vogue du japonisme. Perret et Vibert ont également utilisé la technique originale de la laque sur tôle pour la réalisation du rétrécissement de cette cheminée (fig.7).



Fig. 7 : Maison des Bambous, Perret et Vibert (att. à),
Exceptionnelle cheminée japonisante en bois sculpté, Détail du rétrécissement en tôle laquée.
© Galerie Marc Maison


Notes et références

  1. Le Figaro, 9 septembre 1903, p. 3.
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