Mme Veuve Ferdinand DUVINAGE et la Maison Alphonse Giroux

De Marc Maison - Japonisme.

Les pièces d'exception

Un plateau à la grue en marqueterie d'ivoire

Historique des maisons Giroux et Duvinage

Fig. 1 : Mme Veuve Ferdinand Duvinage, Maison Alphonse Giroux,
Plateau à la grue en marqueterie d'ivoire.
Entre 1878 et 1885.
© Galerie Marc Maison
Le premier magasin fut créé par Alphonse Giroux en 1799, rue du Coq-Saint-Honoré, dans le Ier arrondissement de Paris. Jusqu'à la fin du Second Empire, Alphonse Giroux puis, à partir de 1838, ses deux fils, Alphonse-Gustave et André, furent spécialisés dans les petits éléments de tabletterie et d'ébénisterie. Les Giroux proposaient ainsi à la vente des objets de curiosité, de la papeterie, mais également des dessins, tableaux et gravure. Le rôle de la Maison Giroux se rapproche alors de la pratique des grands marchands-merciers du XVIIIè siècle.

La maison prend un tournant au milieu du siècle en ne se contentant plus de la vente d'objets mais en mettant au point sa propre fabrication. L'arrivée d'Alphonse-Gustave à la tête de la société donne une réelle impulsion à l'entreprise familiale et hausse la Maison Giroux au plus haut rang des commerces de luxe.

En 1868, Ferdinand Duvinage, cousin d'Alphonse-Gustave, reprend, avec Harinkouck, la direction de l'affaire. Ce dernier ne restera pas longtemps dans l'affaire puisqu'il n'est plus mentionné à partir de 1874. A cette date, Ferdinand Duvinage reste donc seul à la direction. Grâce à lui, la Maison Giroux prend un nouvel essor. Elle est présente à l'Exposition Universelle de Paris en 1867 où elle reçoit une médaille d'argent. En 1873, à Vienne, elle est récompensée de deux médailles du mérite. Cependant, Ferdinand Duvinage décède entre 1874 et 1877 et laisse la direction de l'affaire à sa femme, Rosalie. Ce qui aurait pu être le point final de l'histoire de cette luxueuse maison marquera l'écriture un nouveau chapitre. En 1877, Rosalie Duvinage, veuve de Ferdinand Duvinage, fait breveter une technique de marqueterie d'ivoire. Durant une période de cinq à six ans, celle-ci fut utilisée afin d'orner des meubles et petits objets luxueux d'inspiration extrême-orientale. A l'époque et encore aujourd'hui, ces objets rares sont considérés comme de véritables chefs-d'œuvre et les chantres du japonisme dans les Arts Décoratifs. Les premiers témoins de cette technique brevetée sont présentés à l'Exposition Universelle de 1878 ayant lieu à Paris.

Un Brevet d'Invention pour « une mosaïque combinée avec cloisonnement métallique pour objets artistique et d'ameublement » est fait au nom de « Dame Veuve Ferdinand Duvinage » le 4 juin 1877, ce qui nous permet d'établir avec certitude que Ferdinand Duvinage était décédé à cette date. L'acte de brevet comporte un « Mémoire descriptif » relatant ce qui suit : « Le nouveau genre de mosaïque qui fait l'objet de cette demande de Brevet est destiné à rehausser et décorer l'ameublement artistique en général. Il a pour fond l'ivoire appliqué par collage ou autrement sur un panneau ou une assise en bois ou autre matière ; les morceaux d'ivoire sont cloisonnés par des bandes ou sillons métalliques, et les sujets décoratifs empruntés aux oiseaux, aux fleurs etc, sont produits par des incrustations ou appliqués en nâcre ou autre matière de diverses nuances. On obtient par cette triple combinaison de l'ivoire, de la nâcre et du métal décoratif et cloisonnant, les effets les plus attrayants »[1]. Un des plus bel élément mobilier réalisé suivant cette technique est aujourd'hui conservé au Musée d'Orsay à Paris (OAO 716).

Cette fabrication de luxe ne dure que très peu d'années, ce qui nous permet de la situer assez précisément dans le temps. Breveté en 1878, cette technique ne fut utilisée que jusqu'en 1885, année de la fermeture de la Maison Alphonse Giroux.


Notes et références

  1. Archives de l'Institut National de la Propriété Industrielle, Paris, Brevet n° 118.837.
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