La Maison des Bambous de Perret et Vibert

De Marc Maison - Japonisme.

Sommaire

Les pièces d'exception

Une cheminée exceptionnelle de la Maison des Bambous

Un salon quatre pièces de la Maison des Bambous

Une chaise de la Maison des Bambous

Historique de la Maison des Bambous

Maison des Bambous, Perret et Vibert, Aquarelle. Vers 1890-1900.
Archives de la Maison des Bambous de Perret et Vibert.
Collection particulière.
© Galerie Marc Maison

La « Maison des Bambous », peu étudiée jusqu'à présent, est une maison d'une grande importance dans l'histoire du mobilier français d'inspiration extrême-orientale. Celle-ci aurait été fondée en 1872 par Alfred Perret et Ernest Vibert[1], dont les vies restent largement méconnues.

Maison des Bambous, Perret et Vibert, Dessin au graphite et aquarelle d'un meuble japonisant. Vers 1890-1900.
Archives de la Maison des Bambous.
Collection particulière.
© Galerie Marc Maison
L'étude de l'Annuaire du Commerce de Didot-Bottin nous a permis de retracer succinctement l'histoire de cette maison. Alfred Perret apparaît pour la première fois, seul, dans le Didot-Bottin de 1879, dans la catégorie « Articles en Bambous ». Situé au numéro 30 de la rue du Quatre-Septembre, dans le deuxième arrondissement de Paris, il est spécialisé en « vannerie de luxe, meubles en bambous et jardinières » et, en 1880, il est clairement signalé en tant que fabricant. Cette courte notice nous apprend la présence d'Alfred Perret à l'Exposition Universelle de 1878, ce qui prouve qu'il était déjà reconnu pour son activité à cette date. Pourtant, le Didot-Bottin ne le mentionne pas pour les années précédentes, ce qui prouve bien la difficulté de rétablir strictement l'histoire de cette maison.

Dans l'annuaire de 1882, Perret a déménagé puisqu'il n'est plus situé au numéro 30 de la rue du Quatre-Septembre mais au numéro 33, qui restera le siège historique de la maison jusqu'après la Première Guerre Mondiale. Perret apparaît alors dans d'autres catégories comme « Ameublement » et « Sièges, chaises et fauteuils ». On peut donc légitimement penser que l'activité de Perret a pris un tournant important aux alentours de 1881. La variété d'éléments proposés à la vente est désormais plus importante mais semble toujours cantonnée à la fabrication de « fauteuils, chaises, canapés en bambou, en rotin et en osier, (…) guérite en osier pour parcs, jardins, et plages, chaises longues en jonc ». La maison semble également s'être tournée vers l'importation puisqu'elle propose des meubles de fabrication japonaise et indienne. A partir de 1884, l'activité se développe encore en s'étendant aux meubles en laque et aux « meubles de fantaisie ». Nous plaçons à cette époque le début de la fabrication de meubles en bois sculpté, notamment pour les meubles japonisant et chinoisant.

La société prend le visage que nous lui connaissons en 1886, date à laquelle apparaissent le fils d'Alfred Perret et le dénommé Vibert à la tête de la société. L'activité s'étend encore : la société apparaît dans la catégories des « Chinoiseries et Japoneries » et propose des « soieries, étoffes, porcelaines et bronzes ». En plus d'y présenter leurs meubles et sièges de création, ils proposent à leur clientèle de véritables objets d'art de provenance extrême-orientale, dont certains exemplaires seront achetés, en 1895, par le duc de Montmorency[2]. Cette part de l'activité semble se développer avec importance puisque, en 1889, la maison est caractérisée par le Didot-Bottin comme maison de « meubles et articles de Chine et Japon ». Cette même année, ils participent à l'Exposition Universelle et remportent deux médailles d'argent.

Dans les années 1890, l'entreprise est désormais bien établie dans le paysage parisien et jouit d'une réputation solide, tant sur le plan national qu'international. En 1894, la maison figure dans le Didot-Bottin sous le nom de « Perret et Vibert » seuls. Il semble donc, qu'à cette date, Alfred Perret ait quitté les affaires et en ait laissé le soin à son fils et à Ernest Vibert. De plus, ce n'est que l'année suivante qu'apparaît dans ce même Didot-Bottin le nom connu de la société : la « Maison des Bambous ».

Maison des Bambous, Perret et Vibert, Dessin au graphite et aquarelle d'un cabinet. Vers 1890-1900.
Archives de la Maison des Bambous.
Collection particulière.
© Galerie Marc Maison
L'année 1894 semble être une année importante pour la maison puisque elle expose une sélection d'objets d'art de provenance extrême-orientale à l'Exposition Universelle, Internationale et Coloniale de Lyon, dans la section de l'exposition permanente des colonies. Ils y présentent divers éléments tels que colonnes, panneaux, parasols, boucliers, bambou gravé et peint, panneau en bois sculpté, meuble avec incrustations, un lampadaire en cuivre ciselé d'Indochine, un panneau de laque rouge du Tonkin, un meuble incrusté Tonkin[3].

En mai de la même année, Perret et Vibert sont présents à l'Exposition d'Horticulture des Tuileries . A cette occasion, ils sont récompensés du Premier Prix pour « leurs meubles de jardins et de serres »[4]. La princesse Mathilde profite de l'exposition pour commander un ensemble mobilier complet pour sa propriété de Saint-Gratien[5]. A la fin de l'année 1894, Perret et Vibert remanient leur magasin de la rue du Quatre-Septembre en créant dix nouveaux salons, montrant ainsi des ensembles complets de mobilier d'inspiration japonisante et chinoisante[6]. Le magasin est alors doté de vingt salons « contenant le plus beau choix de tout Paris en petits meubles et sièges en bois de fer sculpté, en meubles et sièges bambou naturel, en sièges haute fantaisie fabriqués en rotin souple, pour la décoration et l'ameublement de salons, chambres, salles à manger, fumoirs, cabinets de toilette, jardins d'hiver, serres, etc. »[7].

En mai 1895, Perret et Vibert organisent, dans leurs magasins, une « exposition des meubles et sièges de campagne pour châteaux et villas » qui est visitée par Melle Marsy, actrice à la Comédie Française qui acheta alors « un ravissant mobilier Louis XV en rotin laqué blanc et or » et par l'impératrice Eugénie afin de meubler sa villa du cap Martin[8]. Il apparaît que cette dernière était une cliente régulière de la Maison des Bambous puisqu'elle y achète à plusieurs reprises des meubles pour cette même villa[9]. En octobre de la même année, c'est un hôte de marque, le roi de Grèce Georges Ier, qui se rend rue du Quatre-Septembre et « choisit une variété de ces jolis petits meubles et sièges en bois sculpté et en bambou décoré » ainsi que plusieurs pièces en bronze et en porcelaine du Japon et des paravents brodés destinés à garnir son Palais d'Hiver près d'Athènes[10]. Perret et Vibert fournissent également des sièges et tables en bambou pour les yacht les plus prestigieux comme l'Eros ou le Britannia[11]. Une certaine Parisette, dans Le Figaro, nous raconte même :

« Mme la duchesse de Montpensier pour son château de Séville, s'est approvisionnée rue du Quatre-Septembre, chez Perret-Vibert, de stores du Japon, perlés, destinés à tamiser la lumière dans les galeries et jardins d'hiver, des sièges en cuir et bambou aux tons chatoyants, des vasques superbes en cuivre ciselé, styles Louis XV et Louis XVI, rehaussés de fleurs de lys, ont aussi été choisis par elle pour le même palais. Ces vasques sont des merveilles de coloris, dans les tons métalliques, rehauts de cuivre jaune sur fond de cuivre vieux rouge. La monture, bizarre, est faite de gros bambous, de formes très pratiques malgré l'originalité. Ce sont là des pièces d'un cachet unique, digne des grands amateurs. M. Vanderbilt, le richissime Américain, a demandé à la maison Perret-Vibert, pour l'embellissement de son hall et de sa serre, à New-York, une idéale collection de sièges en rotin souple, laqué blanc et or, dont les courbes harmonieuses sont un enchantement pour les regards. Puis de jolies jardinières, des meubles de fantaisie en bambou naturel, des paravents, des objets d'art de provenance japonaise, qui, en dépit des trésors que peuvent renfermer les propriétés du milliardaire, conserveront leur charme et leur prix, en raison de l'invention qui a présidé à leur facture »[12].

En 1896, Le Figaro nous rapporte que le maréchal Yamagata visite les magasins de Perret et Vibert lors de sa venue à Paris[13]. « Le grand maréchal japonais a été tellement frappé par cet extraordinaire mélange de choses si charmantes et si belles qu'il lui a été impossible de dissimuler son admiration » nous raconte alors le journal[14]. La même année, Perret et Vibert reçoivent la visite de la reine du Portugal, Amélie d'Orléans. Celle-ci s'est rendue, en compagnie de sa dame d'honneur, Mme de Vasconcellos, « à la maison Perret et Vibert, où elle a examiné avec intérêt les meubles en bambou et en haute fantaisie qui forment la collection particulière de cette maison »[15]. En 1900, Perret et Vibert exposent à nouveau à l'Exposition Universelle de Paris, dans la section des « Meubles de luxe et meubles à bon marché ». Il sont récompensés d'une médaille d'argent pour leurs « meubles laqués et marquetés très soignés »[16].

En 1910, on sait que la Maison des Bambous a déjà une « succursale » au 170 boulevard Haussmann[17]. Le déménagement définitif du siège de la Maison des Bambous pour cette nouvelle adresse se fait à la fin de l'année 1917[18] et restera à cet emplacement jusqu'à sa fermeture en 1994. Après cette date, l'emplacement du 170 boulevard Haussmann gardera une spécialisation dans le mobilier extrême-oriental en devenant la propriété de la Compagnie de l'Orient et de la Chine (COC).


Maison des Bambous, Perret et Vibert,
Dessin à la plume d'une table à thé. Vers 1890-1900.
Archives de la Maison des Bambous.
Collection particulière.
© Galerie Marc Maison
« A la maison Perret-Vibert (…), rue du Quatre-Septembre, c'est une folie.(...) Elle est, en effet, surtout réputée pour ses créations particulières en bambou naturel, si favorables à la décoration d'un hôtel, d'un château, d'une villa, d'une retraite estivale en un mot. C'est à elle qu'on doit ces sièges originaux en même temps que très confortables, ces jardinières élégantes, légères, inspirées des décors de Trianon et apportant dans une installation une note inédite et bien personnelle. Jamais, en effet, les modèles ne sont les mêmes, toujours ils ont un cachet artistique qui fait la surprise et la satisfaction des amateurs.
Rien de délicieux aussi comme leurs décorations murales ou les baies, les glaces sont encadrées de lianes en bambou, les frises, les cimaises garnies avec des éléments provenant de Chine ou du Japon... Cela complète à ravir le caractère du mobilier.
Autre genre, non moins commode et pittoresque : les sièges en rotin souple, aux joncs émaillés de couleurs douces et chatoyantes, qui apportent la vie et la gaieté dans une maison munie de serres, de jardins d'hiver, de vérandas, de terrasses, salles de billards, fumoirs, etc. Ces sièges font les délices des étrangers qui les ont appréciés pendant leur séjour à Nice, dans le grand hall-jardin d'hiver du Casino municipal, à la Jetée-promenade, ou l'immense galerie surplombant la mer sur une longueur de 200 mètres en est complètement garnie ; au Grand Hôtel de Paris, à Monte-Carlo, à Cimiez, à Cannes, à Menton, dans les principaux hôtels et qui vont être heureux de les retrouver à Aix-les-Bains, au Cercle de Vichy, à Biarritz, dans les grands hôtels, partout enfin où le confortable et le luxe s'allient dans une recherche de goût et d'art.
« - Je puis l'affirmer sans vantardise, nous disait M. Perret-Vibert, notre maison n'a pas de rivale pour la beauté et la richesse de sa fabrication dans ce genre de sièges. Elle fait, dans le même travail, ces jardinières, émaillées de couleurs chaudes et aux lignes harmonieuses que vous avez pu voir dans le jardin du Casino de Nice et aussi les vasques, les décorations murales mêlées de joncs et de peintures où la flore la plus brillante est reproduite et forme, dans l'ensemble, des habitations idéalement agréables.
En dehors de cette spécialité, la maison Perret-Vibert possède de merveilleuses collections de bronzes anciens, de porcelaines des meilleures époques de la Chine et du Japon et c'est un véritable plaisir de parcourir les trois étages remplis de bibelots, d'objets d'art en ivoire, en jade, en laque, etc., véritable musée où la plus difficile fantaisie trouvera sa satisfaction.
Aux tout à fait raffinés, les meubles sculptés en bois de fer, composés de vitrines, d'étagères, de bahuts, de cheminées, de chambres à coucher complètes, glaces, etc., grâce auxquels on peut s'installer exclusivement dans le goût si luxueux et si particulièrement riche des peuples indiens, chinois ou japonais. La maison qui se charge de ces installations complètes présente des maquettes très finies indiquant exactement le travail qui sera fourni. Une riche collection de broderies sur soie, faites à la main, permet de choisir à son goût les rideaux de baies et de fenêtres, les dessus de lit, les devants de piano, les décors de portes, etc. Ce genre de broderies, dans un merveilleux travail, est exécuté dans les environs de Pékin. »

Carel du Ham, « La vie de Paris – Le Moment du Départ », in Le Figaro, 18 mai 1903, p. 1.
Maison des Bambous, Perret et Vibert, Projet de Salon, aquarelle. Vers 1890-1900.
Archives de la Maison des Bambous de Perret et Vibert.
Collection particulière.
© Galerie Marc Maison

Les pièces d'exception

Une cheminée exceptionnelle de la Maison des Bambous

Un salon quatre pièces de la Maison des Bambous

Une chaise de la Maison des Bambous

Notes et références

  1. Plusieurs sources mentionnent cette date sans que nous n'ayons pu en trouver la preuve formelle. De même, certaines sources font de Perret et Vibert les deux créateurs de la société alors que cela ne semble pas être le cas comme nous le montre l'étude du Didot-Bottin.
  2. Le Figaro, 26 mai 1895, p. 1.
  3. Blum Fernand, Notices coloniales publiées sous le patronage de M. Delcassé, Ministre des colonies, à l'occasion de l'Exposition Universelle, Internationale et coloniale de Lyon (1894), Melun, 1894, p. XXXI.
  4. Le Figaro, 26 mai 1894, p. 3.
  5. Idem
  6. Le Figaro, 26 octobre 1894, p. 1.
  7. Le Matin, 17 novembre 1894, p.2.
  8. Le Figaro, 26 mai 1895, p. 1.
  9. Au moins en 1894 et 1895 cf. Le Figaro, 26 mai 1894, p. 3 et 26 mai 1895, p. 1.
  10. Le Figaro, 29 octobre 1895, p. 2.
  11. Janey, « L'hiver au Soleil », in La Grande Dame, Revue de l'élégance et des arts, 1895, p. 70.
  12. Parisette, « La Dernière Mode – Encore la campagne », in Le Figaro, 10 mai 1895, p. 3
  13. Le Figaro, 21 mai 1896, p. 4.
  14. Le Figaro, 21 mai 1896, p. 4.
  15. Le Figaro, 16 novembre 1896, p. 1.
  16. Neveux, Pol, « Classe 69, Meubles de luxe et à bon marché, Rapport du Jury International », in Exposition Universelle Internationale de 1900, p. 136.
  17. Archives de la Maison des Bambous de Perret et Vibert. Collection particulière.
  18. Le Gaulois, lundi 15 octobre 1917, p.2.
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