GABRIEL VIARDOT, chef de file des ébénistes japonisant

De Marc Maison - Japonisme.

Sommaire

Les pièces d'exception

Un grand cabinet japonisant au chien de Fô de Gabriel Viardot

Un cabinet au dragon de Gabriel Viardot

Un bureau japonisant et son fauteuil

Les "Petits meubles de salon" de Gabriel Viardot

Les bronzes de Gabriel Viardot

Biographie

Portrait de Gabriel Viardot par Victor Marec
Huile sur toile signée dans l'angle inférieur gauche
Collection particulière
© Galerie Marc Maison

Gabriel Viardot, né le 1er janvier 1830, est sans conteste l'ébéniste le plus important pour l'histoire du mobilier d'influence extrême-orientale à la fin du XIXè siècle en France. Chef de file des fabricants de ce genre mobilier, il en est aussi le plus ancien représentant[1] et celui qui influença profondément tout un ensemble de fabricants de meubles. Issu d'une famille d'ébénistes dont il aurait repris la fabrique[2] , sa carrière commence véritablement alors qu'il est âgé de 19 ans, en 1849, année où il se présente à l'Exposition d'Horticulture[3]. Dans les années 1850, il s'associe avec son frère, sous le nom de Viardot Frères et Cie dont le magasin est situé aux 36 et 37, rue de Rambuteau dans le troisième arrondissement de Paris. Les deux frères sont présents à l'Exposition Universelle de Paris en 1855 et sont déjà récompensés d'une médaille de Deuxième Classe[4]. A cette époque, la production des frères Viardot ne semble pas encore être inspirée par l'Extrême-Orient. En effet, en 1855, ils présentent encore des « meubles Renaissance, des jardinières, un coffret et différents objets en poirier sculpté »[5].

En 1860, Gabriel Viardot se sépare de son frère et fonde un atelier en son nom propre au 5, rue du Grand-Chantier[6]. Ce nouvel atelier, situé à deux pas de la rue de Rambuteau, sera déplacé à plusieurs reprises tout en restant fidèle au quartier d'origine de Viardot. Ainsi, on le retrouve au 15, rue de Chaume[7], puis au numéro 3 de la rue des Archives en 1878. Enfin, il investit un nouvel atelier au 36, rue Amelot en 1888[8], tout en gardant l'atelier de la rue des Archives. Nous savons que, vers 1875, Gabriel Viardot supervise une forte équipe d'ouvriers puisqu'il travaille quotidiennement avec 90 à 100 hommes. A ceux-ci sont ajoutées environ 25 personnes travaillant à l'extérieur[9]. Cette même année, il réalise, à la demande de Clémence d'Ennery, un ensemble de vitrines pour la présentation de sa collection d'art extrême-oriental au sein de son hôtel particulier de l'avenue Foch. Ces vitrines sont aujourd'hui toujours présentes dans cet hôtel particulier, géré par le Musée Guimet et ouvert à la visite. Nombreuses furent les récompenses qu'il reçut à l'occasion d'Expositions Universelles, Internationales ou Nationales. En 1867, à l'Exposition Universelle de Paris, il est gratifié de quatre médailles. A celle de 1878, on lui offre une médaille d'argent.

Médaille d'or de l'Exposition Universelle de Nice en 1884 décernée à Gabriel Viardot
Collection particulière
© Galerie Marc Maison
Sa carrière se voit couronnée dans les années 1880 et 1890 grâce aux quatre médailles d'or qu'il reçoit aux Expositions Universelles d'Anvers et de Nice en 1884 et de Paris en 1889 et 1900. En 1887, il est présent à l'Exposition des Arts Décoratifs[10]. En 1888, il expose hors concours et est membre du jury pour la Neuvième Exposition de l'Union Centrale des Arts Décoratifs[11]. Le rapporteur parle de l'exposition de Gabriel Viardot en ces termes :
« Au premier rang des exposants de meubles sculptés, il convient de placer M. Viardot (Gabriel), hors concours comme membre du jury. M. G. Viardot, ayant épuisé toute la série des récompenses, n'a pas pour cela tari la source des éloges. Les pièces qu'il expose sont d'un fini et d'une exécution qui expliquent facilement le succès général qu'elles rencontrent. Inspirés des arts chinois et japonais, ces meubles, adaptés aux usages européens, sont bien supérieurs, comme facture, aux meubles d'origine, qui n'ont le plus souvent qu'un intérêt décoratif, et dont les assemblages sont presque toujours défectueux ; cette adaptation est très intéressante, car M. Viardot sait donner à ses meubles un cachet spécial, tout en conservant le style asiatique »[12].
Son succès est tel que, à la suite de l'Exposition Universelle d'Anvers, Gabriel Viardot est promu Chevalier de la Légion d'Honneur par le Président Jules Grévy, le 29 décembre 1885.


En 1885, il expose à la Huitième Exposition technologique des Industries d'Art ayant lieu au Palais de l'Industrie. Le rapporteur parle ainsi de son travail :

« Au premier rang des exposants soucieux de bien faire il convient de placer un des vétérans de l'industrie parisienne, M. Viardot, hors concours comme membre du jury. La grande variété des ouvrages de fantaisie présentés par M. Viardot aux visiteurs du Palais des Champs-Elysées a eu le plus légitime succès ; elle indique bien l'esprit essentiellement parisien à la recherche de la variété des formes et des applications décoratives qui caractérise l'honorable fabricant. M. Viardot a manié, dès son enfance, le ciseau du sculpteur. En 1855, il obtenait, à vingt-cinq ans, une médaille de bronze. Un des premiers, il a étudié les ouvrages de sculpture des Chinois et des Japonais, avec la pensée, en s'inspirant de cet art étrange, de composer des meubles appropriés à nos besoins et exécutés en bonne ébénisterie. Une médaille d'argent a récompensé, en 1878, les travaux intéressants de ce laborieux industriel. Sa maison a grandi depuis cette époque ; elle occupe une centaine d'ouvriers ébénistes et sculpteurs ; presque tous sont ses élèves, comme, d'ailleurs, le sont aussi ses anciens contremaîtres et ses dessinateurs. Les meubles de M. Viardot sont exécutés chez lui, sous son inspiration directe, sauf certains panneaux incrustés et laqués, de provenance chinoise et japonaise. (…) Parmi les meubles de cette exposition, on remarque surtout de grands cabinets aux panneaux alternativement vitrés et pleins ; ces derniers sont d'origine japonaise et présentent de superbes incrustations en nacre blanche et colorée, en bois dur merveilleux et en vernis-laque figurant des feuillages et des fleurs. D'autres cabinets sont ornés de bronze et de marqueterie. »[13]
. Lors de cette exposition, Gabriel Viardot, hors concours, présente Gustave Mayer, dessinateur industriel attaché depuis vingt-cinq ans à la maison Viardot. Ce dernier est alors récompensé d'une médaille d'argent au titre de collaborateur[14].


Ses deux enfants, Gabriel-Léon-Jules et une fille dont le nom nous est resté inconnu, s'associèrent à lui le 26 décembre 1890 et fondent une nouvelle société sous le nom de G. Viardot et Cie[15]. En 1892, ils sont présents à l'Exposition des Arts de la Femme ayant lieu au Palais de l'Industrie, dans le groupe des Industries Artistiques.

Gabriel Viardot meurt en 1906 laissant la direction de son atelier à ses enfants.



Gabriel Viardot, Chien de Fô en bronze doré, Détail du Grand cabinet japonisant au chien de Fô
© Galerie Marc Maison
« A peine âgé de 19 ans, il occupait déjà plusieurs ouvriers, quand l'idée lui vint de reproduire en sculpture, sur des petits meubles tels que « Jardinières, coffrets, encriers », etc..., la nature avec sa végétation, ses animaux. Il débuta en envoyant, à l'exposition d'Horticulture de 1849, plusieurs articles dans ce genre et obtint une médaille de bronze.
A l'Exposition universelle de Paris 1855, ces objets finement sculptés, sortis de ses ateliers, eurent un grand succès qui dura pendant une quinzaine d'années. (…) Il chercha & trouva qu'il y avait à tirer parti des idées des Chinois & des Japonais et que les meubles qu'ils nous envoyaient pouvaient être mieux appropriés à nos goûts européens, tout en en conservant l'esprit. Mais il n'y a aucune comparaison à établir pour la fabrication ; la fabrication française étant bien supérieure.
A l'exposition universelle de 1878, Mr Viardot obtint une médaille d'argent. Ses meubles eurent un succès très grand qui, depuis, n'a été qu'en augmentant.
Mr Viardot se perfectionna dans ce genre, ne se contenta pas de se servir de l'esprit chinois pour la forme, il rendit ses meubles agréables et d'un cachet tout particulier, en se servant comme ornementation des panneaux laqués et en relief que la Chine et le Japon nous envoient ; mais aussi des incrustations de nacre du Tonkin ; de même qu'en les égayant par des bronzes dont les modèles sont tous faits chez lui.
Ce succès n'a fait que s'affirmer l'an passé aux expositions de Nice et de l'Union Centrale des Arts Décoratifs et actuellement à Anvers.
La maison occupe habituellement un personne de 90 à 100 ouvriers tant sculpteurs qu'ébénistes, à l'intérieur. La moulure, le sciage, le découpage, les bronzes, etc... n'emploient pas moins de 25 à 30 personnes à l'extérieur. Les ateliers sont dirigés par 3 contremaitres.
Mr Viardot a formé beaucoup d'élèves parmi lesquels un de ses contremaitres est son collaborateur depuis 25 ans ; et aussi, plusieurs de ses ouvriers qui sont chez lui depuis 10 et 20 ans.
Plusieurs de ses élèves se sont établis et ont prospéré ; si bien que ce genre a une importance assez grande dans la fabrication du meuble pour être qualifiée : « Meubles genre chinois-japonais » et même beaucoup le connaissent plutôt sous la dénomination de : « Meubles Viardot » ».

Archives Nationales, F/12/5295, Lettre manuscrite portant l'en-tête de Gabriel Viardot datée du 16 juillet 1885.



Les meubles de luxe

Gabriel Viardot su dépasser la production courante de petits meubles afin de réaliser des meubles d'exception, réservés à un public de collectionneurs, de connaisseurs et aux moyens financiers importants. Ces meubles et ensembles mobiliers luxueux furent l'objet de l'attention toute particulière de l'ébéniste lors de leur fabrication. Un soin tout particulier était accordé à ces derniers, notamment dans leur composition, leur décor et leur matériaux constitutifs. Les plus beaux panneaux de laque japonais étaient réservés pour ces réalisations, ainsi que les ivoires et les nacres du Tonkin les plus travaillés. Ces paroles prennent tout leur sens en regard du "Grand cabinet japonisant au chien de Fô" présenté ci-dessous.

Gabriel Viardot, Grand cabinet japonisant au chien de Fô.
Bois sculpté, panneaux incrustés de nacre du Tonkin, bronze doré.
Estampille au fer : G. Viardot
© Galerie Marc Maison
Gabriel Viardot, Détail du Cabinet à la grue.
Estampille au fer : G. Viardot.
Collection particulière
© Galerie Marc Maison
Gabriel Viardot, Détail du Cabinet à la grue.
Estampille au fer : G. Viardot.
Collection particulière
© Galerie Marc Maison

Les "petits meubles de salon"

Une autre facette de la production de Gabriel Viardot se retrouve sous la dénomination des "petits meubles de salon". S'approchant plus de la fabrication de série, mais de très belle qualité, ces petits meubles sont de différents types : sellettes, tables gigognes, consoles d'appliques, petits cabinets... Cette production, d'un caractère plus courant mais d'une extrême qualité, était également l'objet d'une intense recherche décorative et de composition.


Gabriel Viardot, Sellette japonisante à bronzes
Bois sculpté, bronzes dorés.
© Galerie Marc Maison
Gabriel Viardot, Plateau d'une table gigogne.
Bois sculpté et panneaux incrustés de nacre du Tonkin.
© Galerie Marc Maison




Les pièces d'exception

Un grand cabinet japonisant au chien de Fô de Gabriel Viardot

Un cabinet au dragon de Gabriel Viardot

Les "Petits meubles de salon" de Gabriel Viardot

Les bronzes de Gabriel Viardot

Notes et références

  1. MASSE Marie-Madeleine, « Gabriel Viardot » in Revue du Musée d'Orsay, n° 23, automne 2006, p. 63.
  2. Plusieurs sources mentionnent la reprise de « l'atelier paternel » par Gabriel Viardot.
  3. Archives Nationales, F/12/5295, Lettre manuscrite portant à en-tête de Gabriel Viardot datée du 16 juillet 1885.
  4. Brisse, Léon, Album de l'Exposition Universelle dédié à S. A. I. Le Prince Napoléon, Tome 3, p. 310.
  5. Ledoux-Lebard, Denise, Le mobilier français du XIXè siècle : Dictionnaire des ébénistes et menuisiers, Paris, 2000, p. 614.
  6. Aujourd'hui, la rue du Grand-Chantier n'existe plus et a été englobée par la rue des Archives.
  7. Cette rue est également disparue aujourd'hui. Elle se situait entre la rue des Blancs-Manteaux et la rue des Haudriettes.
  8. Un encart publicitaire publié dans le guide intitulé Aix-les-Bains, Marlioz et leurs environs du Dr M. Legrand et de P. Joanne en 1888 mentionne la fabrique de Gabriel Viardot comme étant au 3, rue des Archives à Paris. En 1892, par contre, dans le guide-livret de l'Exposition des Arts de la Femme, l'atelier est situé au 36, rue Amelot. Le Didot-Bottin de l'année 1889 mentionne les deux adresses.
  9. Archives Nationales, F/12/5295, Lettre manuscrite portant l'en-tête de Gabriel Viardot datée du 16 juillet 1885.
  10. Revue Illustrée, 1887, p. 353.
  11. Revue des Arts Décoratifs, 1887-1888, p. 187.
  12. Idem.
  13. Revue des Arts Décoratifs, 1884-1885, p. 163.
  14. Revue des Arts Décoratifs, 1884-1885, p. 165.
  15. Ledoux-Lebard, Denise, Le mobilier français du XIXè siècle : Dictionnaire des ébénistes et menuisiers, Paris, 2000, p. 614.
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