Edouard Lièvre et Paul Sormani

De Marc Maison - Japonisme.

Sommaire

Les pièces d'exception

Une table à thé japonisante en palissandre d'Edouard Lièvre et Paul Sormani

Un exceptionnel cabinet japonisant d'Edouard Lièvre


Meuble d'Edouard Lièvre, Photographie ancienne.
Archives de la Maison des Bambous.
Collection particulière.
© Galerie Marc Maison

Edouard Lièvre (1828-1886)

Les renseignements concernant la vie d'Edouard Lièvre sont relativement elliptiques. Cependant, le catalogue de vente de la succession de Lièvre[1] recèle un texte de première importance pour l'étude du créateur. Ecrit par Paul Mantz, celui-ci nous donne quelques indications précieuses sur la vie d'Edouard Lièvre :

«  Les débuts d’Edouard Lièvre furent des plus modestes. Né à Blamont (Meurthe) en 1829[2], il avait été placé tout enfant dans une imprimerie lithographique de Nancy. Il y prit le goût des images, ce qui est le commencement de la sagesse. En même temps, il apprenait à dessiner, ce qui est le devoir de tout honnête homme. Enrôlé, malgré sa jeunesse, dans le personnel d’une fonderie voisine de Vaucouleurs, il vit à l’œuvre les ouvriers du métal, et il était assez habile pour reproduire, avec la plume ou le crayon, les pièces d’art décoratif qui sortaient de cette grande usine. Il rêvait pourtant des destins meilleurs ; un beau jour, il arriva à Paris, le cœur plein d’espérance et la bourse presque vide. Il fallait vivre. Pour des sommes dont la modicité éveillerait le sourire aux lèvres des financiers d’aujourd’hui, l’artiste futur fit des portraits, des modèles destinés aux fabricants de bronze et aussi des éventails, car il était devenu aquarelliste. La peinture à l’eau et la gouache lui avaient été enseignées par un maître que Théophile Gautier tenait en grande estime, Théodore Valério. Dès 1847, c’est-à-dire à 18 ans, il savait déjà le métier. Un peu plus tard, Edouard Lièvre, à qui le titre de peintre n’aurait pas déplu, travailla quelque temps avec Thomas Couture, dont il devait bientôt reproduire l’œuvre capitale, les Romains de la Décadence, dans une brillante aquarelle qu’on se souvient avoir vue au Salon de 1859. (…) Edouard Lièvre ne tarde pas cependant à trouver la voie où l’appelait son intelligente curiosité. Lorsque la collection Sauvageot fut donnée à l’Etat et transportée au Louvre, il fut l’un des premiers à étudier, la plume ou le crayon à la main, les trésors d’art que le savant amateur avait réunis. Dès lors, tous les cabinets des amateurs furent ouverts à Edouard Lièvre ; il parcourait les musées de France, il allait à Londres, il recueillait partout des éléments dont il a su tirer le plus utile parti, non seulement pour lui, mais pour tous, car il avait compris dès le début combien il était opportun de propager la connaissance des styles et d’offrir aux jeunes chercheurs des modèles d’un goût éprouvé. Edouard Lièvre a fait œuvre d’enseignement ; il a été un infatigable producteur de livres et d’estampes. »

Cette approche des éléments ornementaux, mobiliers et objets d'art du passé lui permit de connaître en profondeur les différentes techniques et les styles. Cela lui donna l'envie de la création :

«  Toutefois, les publications qu’il a terminées avec tant de soin, celles aussi qu’il projetait, ce n’est là que la moitié de la vie d’Edouard Lièvre. La contemplation assidue des belles choses du passé lui avait inspiré l’ambition de créer à son tour des œuvres personnelles. Il voulut travailler, dans la mesure de ses forces, au renouvellement du mobilier et de tous les arts glorieux dont les inventions sont la parure des maisons heureuses. La décoration de l’appartement, à laquelle il avait depuis si longtemps songé, devint dès lors l’objet essentiel de son étude. Il parvint, non sans peine, à grouper autour de lui tout un petit monde de collaborateurs habiles, et, aidé de son frère dont le concours ne lui a jamais manqué, il fit exécuter, d’après les modèles qu’il composait, des bronzes, des céramiques, des tissus, sans parler des meubles luxueux où il a fait paraître tant d’ingéniosité et de goût. La composition de ces beaux meubles de luxe occupa les dernières années de sa vie si bien commencée par l’étude des formes et du décor qui sont la gloire des époques privilégiées. »'

Edouard Lièvre, probablement dans les années 1870, fonda un atelier d'artisanat et d'ébénisterie, accompagné de son frère cadet, Justin. De petits objets en bronze tels que vases, jardinières et brûle-parfums, entre autres, sortir de ses ateliers. De plus, la création mobilière d'Edouard Lièvre est d'une très rare qualité plastique. Il s'illustra dans la fabrication de meubles de style Néo-Renaissance et, ce qui nous intéresse plus particulièrement ici, de style dit « japonisant ». Un des plus beaux exemplaires de cette production est un Meuble à deux corps : armoire sur table d'applique conservé au Musée d'Orsay (OAO 555). Un autre meuble du même type vient d'être redécouvert au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale de France.

Nous savons que Edouard Lièvre collabora à plusieurs reprises avec Ferdinand Barbedienne ou la Maison Christofle, sans que les modalités de ces collaborations nous soient connues.

Edouard Lièvre meurt à Paris le 26 novembre 1886. Lors des divers ventes de sa succession, Georges et Henri Pannier, les propriétaires de la maison d'édition l' Escalier de Cristal, se portèrent acquéreurs de plusieurs meubles, bronzes, modèles de bronzes et dessins d'Edouard Lièvre, ce qui leur permit de créer de nombreux mobiliers ou objets d'art selon les modèles d'Edouard Lièvre.

Paul Sormani (1817-1877)

Outre ses collaborations avec Barbedienne et Christofle, Edouard Lièvre eut également à collaborer avec la maison Sormani pour la réalisation de quelques meubles. Il en est ainsi pour une crédence néo-Renaissance en noyer et palissandre massif conçue vers 1880[3]. Celle-ci fut réalisée après la mort de Paul Sormani, qui eut lieu en 1877.

Ebeniste parisien, Paul Sormani établit son premier atelier en 1847 au numéro 7, Cimetière Saint Nicolas. En 1854, il déménage pour le numéro 114 de la rue du Temple. Enfin, il s'établit au 10 de la rue Charlot en 1867, adresse que la maison Sormani gardera jusqu'à sa fermeture. La maison Sormani participa aux grandes Expositions Universelles de son temps et fut récompensé à plusieurs reprises, comme en 1855 lorsqu'il reçut une médaille de première classe.

A son décès en 1877, la direction de la maison est assurée par sa femme, Ursule Marie Philippine, et son fils Paul-Charles. La raison sociale de la maison devient alors « Sormani Veuve Paul & Fils ».

Nous savons, grâce à la table à thé japonisante en palissandre, que Edouard Lièvre et Paul Sormani ont collaboré du vivant de Sormani, tout comme après sa mort, grâce à l'exemple de la crédence néo-Renaissance en noyer.


Les pièces d'exception

Une table à thé japonisante en palissandre d'Edouard Lièvre et Paul Sormani

Un exceptionnel cabinet japonisant d'Edouard Lièvre


Notes et Références

  1. MANTZ, Paul, préface de la Succession de Feu M. Edouard Lièvre, Paris, Hôtel Drouot, 21-22-23-24 mars 1887.
  2. En réalité, Edouard Lièvre est né le 22 septembre 1828.
  3. Cette crédence est illustrée dans Edouard Lièvre, in Connaissance des Arts, HS n° 228, p. 16-17.
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